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Kensuke’s Room. Forever Mine.







RÉSIDENCE: 25.11.19 – 13.12.19
EXPOSITION: 14.12.19 – 18.01.19

Une exposition de Kensuke Koike
Commissariat d’Alessandra Chiericato

SEPTIEME Gallery
31, rue de l’université
75007 – Paris



Paris, un bel après-midi d’automne. Un artiste japonais tombe fou amoureux d’une inconnue dont il trouve la photo dans les étals d’un marché aux puces.

Cette image, apparue presque comme par magie parmi des milliers de clichés d'inconnus - initiatrice du sentiment d'amour fou qui façonnera son séjour parisien - pousse l'artiste à découvrir ce qui se cache derrière la beauté de ce portrait ensorceleur.

En observant le visage de la jeune femme, en étudiant ses traits du visage de manière proustienne (ses grands yeux captivant, ses tâches de rousseur marquant doucement le petit nez, sa peau d'albâtre ressortant du fond noir) l'artiste effectue un acte de décomposition et de recomposition, mettant en valeur sa connaissance approfondie non seulement du sujet féminin mais, d'abord et avant tout, de l'image photographique, archétype de son objet de désir. Ainsi, en travaillant sur les différentes perspectives d'une même photographie, l'artiste réalise un acte dramatique sur le visage de sa bien-aimée. Il coupe, décompose et recompose l'image permettant ainsi à chaque détail d'émerger.

Son traitement obsessionnel de l'image peut suggérer des observations beaucoup plus larges sur le portrait photographique classique, conçu de manière irréaliste comme un visage inachevé, sans cesse exposé au regard en constante évolution de l'artiste. La recherche obsessionnelle des détails semble être le seul moyen de combler le vide et le désir de possession, désir romantique qui ne peut s'exprimer que par la répétition.

Répéter mais pas reproduire; chaque interprétation n'existe que par rapport à la perception immédiate de l’artiste et dans l'expérience de son regard même. De fait, chaque nouveau portrait a l'air d’être à la fois unique et  identique à l'original - peu importe à quel point il essaie d'oublier - le souvenir de l'être cher revient toujours à la surface.

Kensuke’s Room. Forever Mine est l'histoire de l'obsession pour cet objet archétypique d'où provient l'œuvre d'art. La répétition, l'élaboration du portrait en déclinaisons multiples, la résonance infinie de l'image sont en même temps le symptôme et le résultat de la pulsion de l'artiste. En gardant la trace des nombreuses oscillations de son regard d'une forme à l'autre, il nous montre comment derrière l'attitude énigmatique de chaque œuvre se cache l'essence de l'intention artistique.

Kensuke’s Room. Forever Mine nous démontre qu'une copie n'est pas la réplique exacte d'un modèle, mais plutôt ce qu’il reste de la relation entre le regard introspectif de l'artiste et son sujet.

Est-il vraiment possible de saisir pleinement l'essence d'une image? Perception, obsession, apparence, copie, double. Ce ne sont là que quelques-uns des mots clés qui émergent lorsque l'on regarde chaque portrait et l'installation dans son ensemble.

Seul dans sa chambre de bonne parisienne , au sixième étage d'une maison de la rue des Fossés-Saint-Jacques, l'artiste japonais contemple les fragments de l'image qui l'avaient initialement séduit et, ayant saisi un instant la nature intrinsèque de cette fascination , il soupire: elle est à moi pour toujours.


Alessandra Chiericato

Traduit de l’italien par by Nicholas Bertoli